Le prologue, analysé par SUD Éducation 95

Le rapport Thélot ou comment mettre l’Ecole au service de la dictature capitaliste
dimanche 14 novembre 2004

Le prologue du rapport Thélot en révèle la nature profonde, il faut pour cela confronter ce texte et ses omissions au contexte général dans lequel il intervient. Cela est vrai dès les quelques lignes qui servent de préambule à ce prologue.

La farce du « Grand Débat sur l’Ecole »

Ce rapport s’appuie sur le pseudo « Grand Débat » organisé l’an dernier pour légitimer les projets gouvernementaux pour l’Ecole. Rappelons brièvement les conditions de ce « débat ». En amont 21 grands thèmes avaient été définis par une commission d’ « experts » désignée par le Ministère dont les projets étaient rejetés par l’ensemble des personnels et la grande majorité de la population du pays, comme l’a montré l’énorme mobilisation du printemps 2003.
Dans chaque lieu de débat 3 de ces thèmes devaient être choisis par le chef d’établissement qui avait la responsabilité d’organiser le « débat ». Les personnels ont massivement boycotté cette parodie de consultation. Les « remontées » de ces débats locaux ont ensuite été traitées par un programme informatique qui en a délimité les soi-disant grandes lignes, puis la commission d’ « experts » a à nouveau synthétisé les conclusions qu’il fallait tirer de ce « Grand Débat ». On peut pour le moins se permettre de douter de la légitimité démocratique d’une telle comédie...

La construction européenne au service du Capital

Les quelques phrases d’introduction rappellent opportunément que la future loi de programmation scolaire se place dans le contexte de la construction européenne et de la mise au normes européennes de l’Ecole. Une excellente illustration de cette conformation aux normes européennes figure dans le BO du 30 septembre 2004, où on apprend que désormais la scolarisation des enfants avant 5 ans doit se faire dans la « limite des places disponibles », ce qui rend la scolarisation des enfants en petite et moyenne sections de maternelle facultative. Peu importe le débat pédagogique sur cette question, l’enjeu économique prime ici : il s’agit de faire des économies qui vont contraindre les familles à débourser de l’argent pour un service gratuit jusque-là. C’est ce qui se pratique ailleurs en Europe.

L’avènement de la « Société de la connaissance »

D’après ce prologue, l’objectif est de « contribuer à l’émergence d’une société de la connaissance », et ce évidemment dans le contexte européen. On ne saurait mieux dire qu’il s’agit de soumettre la société européenne aux impératifs patronaux dans l’ « économie de la connaissance », dans laquelle les médias nous rappellent sans cesse que « nous » devons être compétitifs. C’est un tournant pour le secteur éducatif qui va donc être clairement considéré comme un secteur d’activité qui doit produire de la valeur ajoutée ( terme utilisé déjà dans la présentation de l’Agence nationale de Lutte Contre l’Illettrisme, site internet consultable aisément...). La soumission de la partie « Education Nationale » de ce secteur d’activité aux impératifs de la production de valeur ajoutée est confirmée par la Loi d’Orientation dit e Loi de Finances, adoptée par le gouvernement Jospin : l’ensemble des services publics sont désormais jugés en fonction de leur capacité à être rentables.

L’anéantissement de toute forme de « sécurité sociale »

Cette petite introduction signale que l’Ecole a besoin d’une « adaptation à l’incertitude des besoins futurs de l’économie et de la société ». Outre la nouvelle confirmation de la volonté de soumettre toute la société aux priorités du Capital, cela nous apprend le rôle assigné à l’ « Ecole du XXIe siècle » dans ce projet. A l’issue de son parcours scolaire, désormais, plus rien ne sera acquis pour un élève. Cette affirmation prend sens si on l’articule avec la loi sur la formation tout au long de la vie, votée, pour le plus grand plaisir du MEDEF, à l’automne 2003, et cautionnée par toutes les confédération syndicales. Cette loi remplace le principe de la qualification, avec son pendant institutionnel le diplôme national ( ou reconnu à l’échelle la plus large possible) par celui de la compétence, bien plus flou et surtout laissé à la seule appréciation du patron. Ce glissement implique de fait la fin des conventions collectives, les accords de branche négociés collectivement fixant à l’avance un certain nombre de garanties pour les futurs salariés du secteur concerné. Alors que les qualifications peuvent être largement reconnues, à partir du moment où par le biais du diplôme l’Etat en fixe la norme, les « compétences » sont évaluées individuellement, et par un seul patron...

Vers la fin des diplômes nationaux

Aux yeux des « experts » , l’Ecole doit s’adapter à cette évolution et la faciliter. C’est ce qu’explique le 3e paragraphe introductif : le « socle commun » doit inclure les « compétences » de base, c’est à dire garantir l’ « employabilité » dans tout secteur de l’économie : lire, écrire, compter, savoir comprendre les ordres, qu’ils soient donnés en français ou en anglais, et ne pas faire d’histoires ( ce qui donne dans le texte « socle commun de connaissances, compétences et règles de comportement indispensables ») . Le sommet de la rhétorique est atteint quand le texte mentionne la « pluralité des excellences », évidemment à chacun son excellence, sa « réussite » : un travail dégradant et sous-payé pour les enfants de chômeurs et ouvriers, un poste de directeur-rice des ressources humaines pour les enfants de l’élite et quelques miraculés issus des classes moyennes (si il en reste)...
Le moyen d’accentuer la reproduction sociale pour l’Ecole est ici euphémisé comme la nécessité de « s’adapter à leur diversité » (celle des élèves). La mise en œuvre d’une telle stratégie passe par la fin des cadres nationaux pour la définition des programmes et des diplômes. En ressassant des évidences, l’avant-dernière phrase de cette introduction camoufle la disparition de ces cadres nationaux comme point central de la politique éducative en France, l’établissement scolaire devenant la référence de base.

Il n’est évidemment pas question ici de défendre l’Etat-nation et ses institutions en tant que tels, mais de dénoncer comment le Capital, après avoir utilisé ce cadre pour se protéger et se réorganiser face aux travailleurs, lance une offensive contre eux pour aggraver les conditions d’exploitation de tou-te-s les salarié-e-s. Il se trouve que le secteur de l’éducation est au cœur de cette restructuration du système capitaliste, par la « décentralisation » qui fait du bassin d’emploi la base d’organisation de la société, et par la refonte du système scolaire qui le transforme en secteur stratégique de la production capitaliste. La lecture critique du prologue du rapport Thélot qui suit découle de ces hypothèses.

Partant du principe que le gouvernement nous prend pour des cons, mais pas pour des demeurés, il paraît important de proposer un redécoupage plus explicite du texte. Les véritables orientations sont transversales aux chapitres dont l’articulation n’a d’autre but que de noyer le poisson, comme dans toute la littérature ministérielle (notamment dans les BO de préparation de rentrée), ce rapport ne fait pas exception.

Ironiquement, 8 « lignes de force » apparaissent à la lecture critique du prologue, elles sont les suivantes :

1- Renforcement de la hiérarchie (chapitres 5 et 6 du rapport)

2- Prolétarisation des enseignants ( chap 1, 3, 5 et 6)

3- Aggravation des inégalités (chap 1, 2 et 3)

4- « Socle commun » minimaliste (chap 1, 2 et 3)

5- Individualisation à outrance et filiarisation précoce des parcours scolaires (chap. 1, 2 et 3)

6- Décentralisation- fin des programmes nationaux (chap. 3, 4, 5 et 8)

7- L’Ecole transformée en « branche formation » du MEDEF (chap.1, 2, 3, 4, 5 et 8)

8- Renforcement du rôle de contrôle social de l’Ecole, la dérive répressive (chap.1, 2, 3, 4 et 7)

Certains de ces points peuvent être regroupés, permettant de proposer une lecture critique de ce prologue structurée ainsi :

« Chapitre » 1 : La grande restructuration du secteur de l’éducation
Il regroupe les points 1 et 2.

« Chapitre 2 » : L’ « Ecole du XXIe siècle », machine à creuser les inégalités sociales
Il regroupe les points 3, 4, 5 et 6.

« Chapitre 3 » : L’Ecole au service du MEDEF et de la répression
Il regroupe les points 7 et 8.

Conclusion : la nécessité de lutter contre un projet de nature totalitaire

La prise de contrôle de l’Ecole par le Capital et sa logique de plus-value, généralement dénoncée sous les termes de « marchandisation de l’Ecole », est le véritable projet qui se cache derrière ce rapport et la loi de programmation qui en découle.

Par le biais de l’Ecole, les individus sont isolés et formatés pour correspondre aux desiderata du patronat, organisé en France au sein du MEDEF :

- des « compétences » au lieu des qualifications

- de la docilité : pas d’esprit critique, et surtout pas de perception collective des problèmes, encore moins de volonté de résister

Les conséquences sur la société vont être immenses si nous laissons faire :

- les classes populaires vont définitivement sombrer dans la misère et la précarité

- les classes moyennes vont disparaître, avec les soubresauts que l’Histoire nous fait craindre ( les années 1930 !)

Les perspectives :

- s’organiser à l’échelle européenne avec d’autres syndicats du secteur de l’éducation, puisque le projet de « société de la connaissance » est mené à l’échelle européenne, voilà la base concrète de lutte sur laquelle nous pouvons construire la FESAL-E.

- mettre l’accent sur le chapitre 3, « L’Ecole au service du MEDEF et de la répression » , afin de favoriser une mobilisation interprofessionnelle articulée sur la lutte contre la loi sur la formation tout au long de la vie et ses conséquences. La complicité des grandes confédérations dans la mise en place de cette loi pose un lourd problème : seule l’Union Solidaires peut favoriser une telle lutte. A nous de nous prendre par la main et faire campagne au sein de notre union syndicale.


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